Vue rapprochée des poutrelles métalliques de la tour Eiffel et de leurs rivets, lumière chaude de fin de journée
Construction · Patrimoine

Construction de la tour Eiffel

chronologie, choix techniques, chantier

Objet familier, choix techniques mal connus. Récit du chantier de 1887-1889, sous la double contrainte du calendrier et du fer puddlé.

Réponse rapide

La tour Eiffel est construite entre janvier 1887 et mars 1889 pour l’Exposition universelle de Paris. L’entreprise de Gustave Eiffel mène le chantier avec une matière, le fer puddlé, une organisation par préfabrication à Levallois-Perret, et un calendrier serré qui dicte presque tous les choix techniques.

  • Durée : un peu plus de deux ans, fondations comprises.
  • Matière : fer puddlé, choisi pour sa fiabilité à grande échelle.
  • Forme : structure en treillis, piliers incurvés pensés contre le vent.
  • Atelier : pièces préparées et numérotées à Levallois-Perret avant montage sur place.
  • Assemblage : équipes de rivetage spécialisées, plusieurs millions de rivets posés.

La tour est si familière qu’on oublie ce qu’elle a demandé pour exister. Deux ans de chantier, un sol parisien partiellement humide, une matière encore mal acceptée pour les ouvrages d’art, et un calendrier qui n’attend pas. Tout l’intérêt de cette histoire tient dans cette tension : un objet immédiatement reconnaissable, dont les choix techniques restent rarement racontés en détail.

Pourquoi construire une tour de 300 mètres en 1889

L’Exposition universelle comme déclencheur

La tour ne naît pas d’un désir de monument. Elle naît d’un calendrier — celui de l’Exposition universelle de 1889, organisée à Paris pour le centenaire de la Révolution française. Le gouvernement veut un geste fort, capable de tenir le rôle de pièce maîtresse au Champ-de-Mars. L’idée d’une tour de 300 mètres en fer a circulé chez plusieurs ingénieurs avant d’être portée par l’entreprise Eiffel, qui avait déjà signé des viaducs métalliques de grande portée et savait travailler le fer puddlé à grande échelle.

La contrainte clé n’est pas seulement la hauteur, mais la date : l’ouvrage doit être prêt pour l’ouverture du printemps 1889. C’est ce calendrier qui dicte presque tous les choix qui suivent.

Le projet d’Eiffel face à ses concurrents

Le concours de 1886 voit s’affronter plusieurs propositions, certaines purement maçonnées, d’autres mixtes. Une tour-soleil en pierre, signée Jules Bourdais, fait partie des projets concurrents les plus cités à l’époque. Le projet d’Eiffel, conçu par les ingénieurs Maurice Koechlin et Émile Nouguier puis affiné par l’architecte Stephen Sauvestre, l’emporte parce qu’il est à la fois faisable, calibré pour le délai et économe en matière. Eiffel cède contre redevance l’exploitation de la tour pendant vingt ans, ce qui finance une part importante du chantier.

Levier 1

Le treillis

Plutôt qu’une masse pleine, la tour est composée de barres assemblées en triangles. Ce maillage répartit les efforts et résiste à la torsion, tout en utilisant peu de matière.

Levier 2

Les piliers incurvés

Les quatre piliers ne sont pas verticaux. Ils s’évasent en bas et se redressent en montant, suivant en simplification la courbe que prendrait une structure soumise au vent à toutes ses altitudes.

Levier 3

Le fer puddlé

Un fer affiné par brassage, plus tolérant à la traction que la fonte. À la fin du 19e siècle, c’est le matériau le mieux maîtrisé pour les ouvrages d’art. L’acier industriel n’est pas encore assez homogène.

La conception

alléger en gardant la rigidité

Trois leviers structurels portent l’ouvrage : le treillis, la courbure des piliers, le fer puddlé. Les calculs sont faits à la main, par des dizaines d’ingénieurs travaillant sur des planches à dessin. Chaque pièce est dimensionnée, numérotée, ajustée selon la place qu’elle prendra dans l’assemblage. Le bureau d’études du 19e siècle est ici à son maximum.

Les fondations et le démarrage du chantier

Les fondations sont travaillées en deux types. Côté Champ-de-Mars, le sol est suffisamment portant pour des massifs de maçonnerie classiques. Côté Seine, les piliers reposent sur des terrains alluvionnaires plus délicats : les fondations sont descendues à plusieurs mètres sous le niveau de l’eau, à l’aide de caissons à air comprimé.

Comprendre les caissons à air comprimé

Technique alors récente, le caisson à air comprimé permet de creuser sous l’eau sans inondation. L’air sous pression refoule l’eau du caisson, et les ouvriers descendent y travailler. Sans cette méthode, la tour n’aurait pas pu être assise dans les délais.

Une fois les massifs en place, l’enjeu est l’ajustement précis des quatre piliers. Ils doivent se rejoindre exactement au premier étage. Les ingénieurs avaient prévu des vérins hydrauliques dans les massifs pour corriger les alignements en cours de montage. Les premières assises arrivent de l’atelier déjà numérotées, percées, calibrées. C’est là que se joue la réputation du chantier : si le premier étage ne se ferme pas, tout le reste est compromis.

L’organisation du chantier

ateliers, ouvriers, rivets

La tour n’a pas été construite sur place au sens où on l’entend pour un bâtiment maçonné. Elle a été préparée en pièces à l’atelier d’Eiffel à Levallois-Perret, à quelques kilomètres du Champ-de-Mars. Chaque pièce — entretoise, montant, barre de treillis — est dessinée, taillée, perforée, ajustée à blanc et numérotée à l’atelier. Le chantier ne fait, pour l’essentiel, qu’assembler des éléments préfabriqués.

L’assemblage final se fait par rivetage. Chaque rivet est chauffé au rouge dans un foyer mobile, lancé à un riveteur qui l’enfonce et le martèle. Une équipe de rivetage est composée de quatre ouvriers aux rôles spécialisés.

Rôle Mission Place dans la chaîne
Chauffeur Chauffer le rivet au rouge dans un foyer mobile Première opération, près du foyer
Poseur Lancer ou présenter le rivet chaud dans son logement Intermédiaire, au plus près du joint
Riveteur Marteler le rivet pour l’écraser et serrer l’assemblage Dernière opération, le geste signe

Le nombre d’ouvriers présents sur le chantier reste modeste comparé à un chantier maçonné équivalent : quelques centaines à la fois, parce que la préparation en atelier déchargeait la phase de montage. Le chiffre souvent stabilisé de 2,5 millions de rivets pour l’ensemble est un ordre de grandeur, pas un compte exact.

Durée, coût, accidents

Durée

Le chantier s’étale sur un peu plus de deux ans, de janvier 1887 à mars 1889, fondations comprises. L’objectif initial — être prêt pour l’Exposition — est tenu.

Coût

Le coût final, cofinancé par Eiffel lui-même et par l’État, reste mesuré pour un ouvrage de cette ampleur. La subvention publique est limitée ; le reste est financé par la concession d’exploitation de la tour pendant vingt ans, accordée à Eiffel.

Accidents

Les sources patrimoniales restent prudentes. Un seul décès directement lié à un accident pendant la phase de montage est documenté dans les archives officielles. D’autres sources évoquent des accidents survenus hors phase de montage strict — c’est ce qui explique les chiffres parfois divergents que l’on rencontre dans la littérature.

Nuance utile

Le bilan d’un mort en montage est exceptionnellement bas pour un chantier de cette taille à la fin du 19e siècle. Il s’explique par la préparation atelier, l’usage de filets de sécurité, et l’organisation par équipes spécialisées — pas par une absence générale de risque.

Réception du public et héritage technique

La tour est attaquée avant même d’être construite. La pétition des artistes de 1887, signée par Maupassant, Gounod, Garnier ou Dumas fils, dénonce un projet jugé inesthétique. Le public, lui, suit le chantier avec une attention qui ne se dément pas. À l’ouverture de l’Exposition, l’ouvrage est un succès immédiat de fréquentation.

Mais l’essentiel est ailleurs. La tour démontre que l’on peut construire haut en métal sans céder à l’instabilité. Elle prouve la fiabilité d’une organisation par préfabrication. Elle valide l’usage de calculs structurels rigoureux à très grande échelle. Pour les ingénieurs qui suivront, elle devient une référence — pas un modèle à copier, un repère.

Le détail qui change tout tient dans un geste : un rivet chauffé au rouge, lancé d’une équipe à l’autre, à 300 mètres au-dessus du Champ-de-Mars.

Combien de temps a duré la construction de la tour Eiffel ?

Un peu plus de deux ans, de janvier 1887 à mars 1889, fondations comprises. L’objectif initial — être prête pour l’Exposition universelle de 1889 — a été tenu.

En quoi est faite la tour Eiffel ?

En fer puddlé, un fer affiné par brassage. C’était à l’époque le matériau le mieux maîtrisé pour les ouvrages d’art de grande portée. L’acier industriel existait, mais sa qualité n’était pas encore assez homogène pour un projet de cette ampleur.

Pourquoi les piliers de la tour Eiffel sont-ils courbes ?

Pour répartir la prise au vent. La courbure des piliers approche la forme qu’une structure soumise à un vent fort prendrait à toutes ses altitudes. C’est un compromis entre rigidité, stabilité au vent et économie de matière.

Combien d’ouvriers ont travaillé sur le chantier ?

Quelques centaines à la fois — modeste pour un ouvrage de cette ampleur. La majorité du travail était faite à l’atelier de Levallois-Perret, où les pièces étaient préparées, percées et numérotées avant assemblage.

Y a-t-il eu des morts pendant la construction ?

Un seul décès directement lié à un accident pendant la phase de montage est documenté dans les sources patrimoniales officielles. D’autres accidents hors phase stricte sont parfois mentionnés, ce qui explique les chiffres divergents selon les sources.