La construction du tunnel sous la Manche
D’un vieux rêve d’ingénieurs à l’un des plus grands chantiers du XXe siècle.
Le tunnel sous la Manche a été construit de 1988 à 1994 et inauguré le 6 mai 1994. Il compte trois galeries — deux tunnels ferroviaires et une galerie de service — creusées par des tunneliers depuis les deux rives, dans une couche de craie favorable. Long d’environ 50 km, dont 38 sous la mer, il relie la France et l’Angleterre par le train.
- Un rêve ancien : imaginé dès 1802, lancé par un traité franco-britannique en 1986.
- Trois galeries : deux tunnels ferroviaires et une galerie de service centrale.
- Creusé des deux côtés : jonction sous la Manche fin 1990.
- Un chantier hors norme : budget largement dépassé, une dizaine de victimes.
Traverser la Manche à sec, en une poignée de minutes, est devenu si banal qu’on oublie l’ampleur de ce qu’il a fallu pour y parvenir. Derrière l’Eurotunnel se cache l’un des chantiers les plus ambitieux du siècle dernier.
Un projet rêvé pendant près de deux siècles
Relier la France et l’Angleterre par-dessous la mer n’a rien d’une idée récente. Dès le début du XIXe siècle, un ingénieur français, Albert Mathieu-Favier, imagine sous Napoléon un passage souterrain éclairé à la bougie, emprunté par des diligences. Le projet reste sur le papier. À la fin du XIXe siècle, une véritable tentative démarre : des galeries d’essai sont creusées de part et d’autre, avant d’être arrêtées, côté britannique, par crainte qu’un tunnel ne devienne une porte d’invasion.
Pendant tout le XXe siècle, l’idée revient puis retombe, au gré des budgets et des peurs stratégiques. Il faut attendre les années 1980 pour qu’une volonté politique commune la débloque. Un traité franco-britannique, signé en 1986, lance officiellement le chantier et confie sa construction et son exploitation à une société privée, sans financement public direct. Ce choix pèsera lourd sur la suite, notamment sur les comptes.
Trois tunnels, pas un seul
On parle du « tunnel » au singulier, mais l’ouvrage en compte en réalité trois, creusés en parallèle. Deux grands tunnels ferroviaires, un pour chaque sens de circulation, encadrent une galerie de service centrale, plus étroite. Cette galerie du milieu n’est pas un détail : elle sert à la ventilation, à la maintenance et, surtout, à l’évacuation en cas d’incident. Des rameaux transversaux la relient régulièrement aux deux tunnels ferroviaires. En cas de problème dans un tunnel roulant, elle devient un refuge et un accès pour les secours. C’est aussi elle qui a été percée en premier, servant d’éclaireur pour reconnaître le terrain.
Ferroviaire
Un des deux tunnels roulants, dédié à un sens de circulation des trains.
Service et sécurité
Plus étroite, elle assure ventilation, maintenance et évacuation en cas d’incident.
Ferroviaire
Le second tunnel roulant, pour le sens de circulation opposé.
Comment on a creusé sous la mer
Le creusement a reposé sur des tunneliers, ces immenses machines qui avancent en découpant la roche à l’avant tout en posant, à l’arrière, les anneaux de béton qui forment la paroi. Une dizaine de ces engins ont travaillé en même temps, attaquant le tracé depuis les deux rives à la fois : côté anglais près de Folkestone, côté français près de Calais.
La réussite doit beaucoup à la géologie. Le tracé suit une couche de craie marneuse, tendre à creuser et surtout peu perméable, qui limite les infiltrations d’eau. Sans cette couche favorable, le chantier aurait été autrement plus risqué. Les équipes ont progressé chacune vers l’autre, guidées par des relevés précis, jusqu’à la jonction. Le moment fort survient fin 1990, quand la galerie de service est percée de part en part : un ouvrier britannique et un ouvrier français se serrent la main sous la Manche, image devenue le symbole du projet.
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1802 — Un premier rêve
Sous Napoléon, l’ingénieur Albert Mathieu-Favier imagine un passage souterrain sous la Manche. Le projet ne dépasse pas le papier.
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Années 1880 — Tentative avortée
Des galeries d’essai sont creusées de part et d’autre, puis abandonnées côté britannique par crainte d’une invasion.
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1986 — Le traité
Un traité franco-britannique lance le chantier et en confie la construction et l’exploitation à une société privée.
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1988 — Début du creusement
Les tunneliers entrent en action depuis les deux rives, attaquant le tracé en direction du large.
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Fin 1990 — La jonction
La galerie de service est percée de part en part : les équipes française et britannique se rejoignent sous la mer.
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6 mai 1994 — L’inauguration
Le tunnel est inauguré en présence de la reine Élisabeth II et du président François Mitterrand.
Un chantier hors norme
délais, coûts et dangers
La construction s’étale de 1988 à 1994. C’est long, mais à la mesure de l’ouvrage. Le chantier n’a pas échappé aux deux fléaux des très grands projets : les délais et les coûts. La facture finale a largement dépassé les prévisions initiales, au point de fragiliser durablement les comptes de l’exploitant. Le bilan humain, lui, rappelle la dureté du travail souterrain : une dizaine d’ouvriers ont perdu la vie durant les travaux. Le chantier était mené par un consortium réunissant plusieurs entreprises françaises et britanniques, coordonnées malgré la barrière de la langue, des méthodes et des réglementations.
Le coût final et le nombre exact de victimes varient selon les sources et l’année de référence. Ce qui fait consensus, c’est l’ampleur du dépassement de budget et la réalité d’un bilan humain lourd.
| Repère | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Longueur totale | Environ 50 km |
| Section sous-marine | Environ 38 km, la plus longue au monde |
| Nombre de galeries | 3 (2 ferroviaires + 1 service) |
| Période de construction | 1988 à 1994 |
| Inauguration | 6 mai 1994 |
Ce que le tunnel a changé
Une fois ouvert, le tunnel a rapproché deux pays qu’une trentaine de kilomètres d’eau séparaient depuis toujours. Trois usages s’y côtoient. Les trains de voyageurs à grande vitesse relient directement les centres de Londres, Paris et Bruxelles en quelques heures, sans avion ni bateau. Des navettes spéciales transportent voitures et camions, chargés d’un côté et déchargés de l’autre en une poignée de minutes. Enfin, des trains de fret font passer les marchandises sans rupture de charge.
Ce qui relevait de l’exploit est devenu une habitude. Traverser la Manche à sec ne surprend plus personne, et c’est peut-être la preuve la plus parlante de la réussite du projet : un chantier titanesque, longtemps jugé impossible, fondu dans le quotidien de millions de voyageurs.
Quand le tunnel sous la Manche a-t-il été construit ?
La construction s’est déroulée de 1988 à 1994, après la signature d’un traité franco-britannique en 1986. L’inauguration officielle a eu lieu le 6 mai 1994, en présence de la reine Élisabeth II et du président François Mitterrand.
Comment a-t-on creusé le tunnel sous la mer ?
À l’aide de tunneliers, de grandes machines qui découpent la roche à l’avant et posent les parois en béton à l’arrière. Une dizaine d’engins ont creusé depuis les deux rives à la fois, en suivant une couche de craie tendre et peu perméable, jusqu’à se rejoindre sous la Manche.
Combien de tunnels y a-t-il sous la Manche ?
Trois, creusés en parallèle : deux tunnels ferroviaires, un par sens de circulation, et une galerie de service centrale plus étroite dédiée à la ventilation, à la maintenance et à l’évacuation en cas d’incident.
Quelle est la longueur du tunnel sous la Manche ?
L’ouvrage mesure environ 50 kilomètres, dont près de 38 sous la mer. C’est la plus longue section sous-marine jamais creusée, le tunnel passant en moyenne à plusieurs dizaines de mètres sous le fond marin.
Combien a coûté la construction du tunnel sous la Manche ?
Le coût final a largement dépassé les prévisions initiales, ce qui a durablement pesé sur les comptes de l’exploitant. Les montants exacts varient selon les sources et l’année de référence, mais le dépassement de budget reste l’un des faits marquants du chantier.
Deux siècles séparent le croquis à la bougie de Mathieu-Favier du train qui file aujourd’hui sous la mer. Entre les deux, l’obstination aura fini par vaincre trente kilomètres d’eau.