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Construction de Versailles

d’un pavillon de chasse à un palais

Près d’un demi-siècle de travaux, ses architectes et ses défis techniques, racontés comme un chantier.

Façade richement ornée du château de Versailles, avec ses décors dorés et son horloge, côté cour de Marbre.
Réponse rapide

Le château de Versailles n’a pas été bâti d’un seul élan. À partir de 1661, Louis XIV agrandit un ancien pavillon de chasse de Louis XIII, en le conservant et en l’entourant de constructions neuves. Le chantier, mené par Le Vau puis Hardouin-Mansart, s’étend sur près de quarante ans, jusqu’à la chapelle royale achevée en 1710.

  • Un point de départ modeste : un relais de chasse de Louis XIII, agrandi entre 1631 et 1634.
  • Deux architectes majeurs : Louis Le Vau pour l’enveloppe, Jules Hardouin-Mansart pour la galerie des Glaces et la chapelle.
  • Un défi technique central : bâtir sur un site humide et trouver l’eau pour les jardins.
  • Un chantier hors norme : près de quatre décennies, des dizaines de milliers d’ouvriers, un coût colossal.

Rien ne prédestinait ce coin de campagne à devenir Versailles. Au départ, il y a un terrain humide, boisé, sans prestige particulier, et un petit bâtiment de brique où l’on vient chasser. Ce qu’il faut retenir, c’est que la construction de Versailles ne s’est pas faite d’un bloc : c’est un chantier étalé sur près d’un demi-siècle, mené par vagues successives, avec des choix parfois contradictoires. Comprendre comment le château a été bâti, c’est suivre la façon dont un modeste relais s’est transformé, pièce après pièce, en siège du pouvoir.

Avant le palais

un simple pavillon de chasse

Le premier Versailles est l’œuvre de Louis XIII. Vers 1623, le roi fait bâtir un petit pavillon pour ses parties de chasse dans la forêt. L’édifice est modeste : de la brique, de la pierre en chaînage, des toits d’ardoise. Une dizaine d’années plus tard, entre 1631 et 1634, il le fait agrandir en un vrai petit château, organisé autour d’une cour.

C’est ce noyau, avec ses façades de brique et de pierre, qui existe encore aujourd’hui au cœur de l’ensemble, autour de la cour de Marbre. À la mort de Louis XIII, en mai 1643, son fils Louis XIV n’a pas cinq ans. Le domaine reste alors une résidence secondaire, sans grande ambition. Le vrai chantier ne commencera que bien plus tard, quand le roi décidera d’en faire autre chose.

Le chantier de Louis XIV

les grandes campagnes de travaux

Louis XIV lance les premiers travaux d’importance à partir de 1661. Un choix étonne d’emblée : plutôt que de raser le château de son père pour repartir de zéro, il demande qu’on le conserve et qu’on l’entoure. Cette décision, tenue malgré l’avis de ses architectes, explique la silhouette particulière du bâtiment, où l’ancien et le nouveau se superposent.

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L’enveloppe de Le Vau (à partir de 1668)

La première grande transformation porte un nom : l’enveloppe. À partir de 1668, l’architecte Louis Le Vau habille le vieux château sur ses trois côtés donnant vers les jardins, au sud, à l’ouest et au nord. Il l’enveloppe d’une construction neuve, en pierre, dans un style d’inspiration italienne, tout en laissant visible la façade de brique côté cour. Le château double ainsi de volume sans perdre son cœur d’origine. Le Vau meurt en 1670, mais le parti est lancé et le chantier continue sous la direction de ses successeurs.

La galerie des Glaces et les ailes (années 1680)

En 1678, un nouvel homme prend la tête des travaux : Jules Hardouin-Mansart. C’est ce changement de maître d’œuvre qui va donner à Versailles son ampleur définitive. Sur la terrasse qui ouvrait au centre de la façade, il fait construire une longue galerie couverte, la future galerie des Glaces. La pièce s’étire sur environ 73 mètres et aligne 357 miroirs face aux fenêtres, un luxe rare pour l’époque. Elle est édifiée à partir de 1678 et son décor, confié au peintre Charles Le Brun, s’achève au milieu des années 1680.

Dans le même temps, Hardouin-Mansart ajoute les deux longues ailes qui étirent le château de part et d’autre, l’aile du Midi puis l’aile du Nord, achevée à la fin des années 1680. C’est dans ce Versailles en travaux que la cour et le gouvernement s’installent officiellement, le 6 mai 1682. Le roi habite un palais qui n’est pas terminé, et qui ne le sera jamais tout à fait.

La chapelle royale, dernier grand geste (1699-1710)

Le dernier grand ouvrage du règne est la chapelle. Son chantier est long et contrarié : les guerres de la fin du siècle vident les caisses, et les travaux s’interrompent plusieurs années. Ils reprennent en 1699 et s’achèvent en 1710, sous la direction de Hardouin-Mansart puis de son beau-frère Robert de Cotte. Avec ses hautes colonnes et sa voûte peinte, cette chapelle referme un demi-siècle de construction presque continue.

PériodeCampagne de travauxMaître d’œuvre
1623-1634Pavillon de chasse puis petit châteauLouis XIII
À partir de 1661Premiers grands travaux, l’ancien château est conservéLouis Le Vau
1668L’enveloppe côté jardinsLouis Le Vau
1678-1689Galerie des Glaces, ailes du Midi et du NordJules Hardouin-Mansart
1699-1710Chapelle royaleHardouin-Mansart, puis Robert de Cotte
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Qui a construit Versailles ?

On résume souvent Versailles à un roi, mais le chantier repose sur une équipe. Bâtir un palais de cette ampleur, ce n’est pas seulement élever des murs : c’est coordonner des architectes, un jardinier, un décorateur et une multitude d’artisans, sous une volonté unique.

Le bâti

Les architectes

Louis Le Vau conçoit l’enveloppe, Jules Hardouin-Mansart la galerie, les ailes et la chapelle. Au siècle suivant, Ange-Jacques Gabriel ajoutera l’Opéra royal et le Petit Trianon.

Les jardins

André Le Nôtre

Le jardinier du roi dessine et façonne les jardins, qui comptent autant que le château dans le projet d’ensemble : allées, bosquets, bassins et perspectives.

Le décor

Charles Le Brun

Premier peintre du roi, il orchestre le décor intérieur, des plafonds aux ornements, et donne son unité de style à l’ensemble des grands appartements.

Bâtir sur un marécage

les défis techniques

Le site n’était pas un cadeau. Le terrain, humide et en partie marécageux, imposait d’importants terrassements avant même de poser la première pierre. Il a fallu drainer, remblayer, niveler des surfaces considérables pour asseoir le bâtiment et tracer les jardins.

Le vrai casse-tête, pourtant, fut l’eau. Les jardins de Le Nôtre réclamaient d’innombrables fontaines et bassins, or Versailles en manquait cruellement. Les ingénieurs multiplient les réservoirs, détournent des sources, creusent des rigoles sur des kilomètres. On construit même une gigantesque machine hydraulique sur la Seine, la machine de Marly, pour remonter l’eau vers le domaine.

Le saviez-vous

Le débit ne suffisait jamais à faire jaillir toutes les fontaines en même temps. Lorsque le roi se promenait, des fontainiers ouvraient les jeux d’eau juste devant lui, puis les refermaient une fois passé. La splendeur des jardins reposait, en partie, sur cette mise en scène.

Un chantier hors norme

durée, ouvriers, coût

L’ampleur du chantier a peu d’équivalents dans l’Europe de son temps. Les travaux principaux s’étalent sur près de quatre décennies, de 1661 à 1710, sans jamais vraiment s’arrêter. Aux périodes les plus actives, on estime que plusieurs dizaines de milliers de personnes travaillaient sur le domaine, jusqu’à environ 36 000 ouvriers selon les sources, avec des milliers de chevaux pour le transport des matériaux.

Le coût, lui, fut colossal. Les comptes de l’époque parlent de dizaines de millions de livres pour le seul bâti, les terrassements et les jardins, sans compter le mobilier et les œuvres d’art qui pesaient tout autant. Les conversions en euros d’aujourd’hui varient énormément d’une estimation à l’autre : mieux vaut retenir l’ordre de grandeur, celui d’une dépense qui a mobilisé une part réelle des finances du royaume, plutôt qu’un chiffre précis souvent trompeur.

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Ce que ce chantier a laissé

Versailles n’a jamais été un projet achevé une fois pour toutes. Après Louis XIV, le château continue d’évoluer : Louis XV y ajoute l’Opéra royal et le Petit Trianon, Louis XVI et les régimes suivants le transforment encore. Ce qui frappe, avec le recul, c’est cette logique de chantier permanent : chaque roi corrige, agrandit, redécore.

Le résultat est un ensemble à la fois cohérent et composite, où l’on peut encore lire les différentes couches de construction, de la brique de Louis XIII à la pierre de Hardouin-Mansart. Classé et protégé, le domaine est aujourd’hui l’un des sites les plus visités de France.

Combien de temps a duré la construction de Versailles ?

Les grands travaux voulus par Louis XIV s’étalent sur près de quatre décennies, de 1661 à 1710, avec des interruptions liées aux guerres. Et le domaine a continué d’être transformé bien après, sous les règnes suivants.

Qui a construit le château de Versailles ?

Plusieurs architectes se sont succédé : Louis Le Vau, puis Jules Hardouin-Mansart pour les parties les plus emblématiques comme la galerie des Glaces et la chapelle. André Le Nôtre a conçu les jardins et Charles Le Brun dirigé le décor, avec des milliers d’ouvriers et d’artisans.

Que possédait Louis XIII à Versailles avant le grand château ?

Un pavillon de chasse bâti vers 1623, agrandi en petit château de brique et de pierre entre 1631 et 1634. Ce noyau existe toujours, au centre de l’ensemble, autour de la cour de Marbre.

Pourquoi les fontaines ne fonctionnaient-elles pas toutes en même temps ?

Parce que le site manquait d’eau. Malgré les réservoirs et la machine de Marly sur la Seine, le débit était insuffisant. Les fontainiers ouvraient donc les jeux d’eau juste devant le roi lors de ses promenades, puis les refermaient.

Combien a coûté la construction de Versailles ?

Les comptes de l’époque évoquent des dizaines de millions de livres pour le bâti, les terrassements et les jardins, autant pour le mobilier et les œuvres d’art. Les équivalents en euros actuels sont très incertains : il vaut mieux retenir l’ordre de grandeur qu’un chiffre exact.

Derrière ses dorures, Versailles raconte aussi l’histoire d’un immense chantier : celui d’un lieu qui a mis un demi-siècle à devenir lui-même.