Grande grue portuaire bleue et cale sèche flottante au bord de l'eau, dans un chantier naval, image illustrative.
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Construction navale à Bordeaux

Chantiers de Bacalan, base sous-marine, quais reconvertis : ce que la ville a construit, et ce qu’elle en garde.

Réponse rapide

Bordeaux a été une vraie ville de construction navale : ses chantiers, installés surtout à Bacalan sur les bords de la Garonne, ont bâti des navires du XVIIIe siècle jusqu’en 1985. La construction de gros navires a disparu, mais la ville garde des traces bien visibles de ce passé, dont la base sous-marine, et conserve une activité de réparation et de plaisance.

  • Un long passé : des chantiers actifs du XVIIIe siècle à 1985.
  • Bacalan au centre : le quartier historique de la construction navale bordelaise.
  • La base sous-marine : un abri fortifié, pas un chantier de fabrication.
  • Aujourd’hui : réparation navale et nautisme autour des bassins à flot.

La construction navale à Bordeaux, de quoi parle-t-on ?

Quand on parle de construction navale à Bordeaux, on pense souvent à un seul et même bloc d’activité. En réalité, trois choses différentes se mélangent, et les distinguer aide à comprendre ce qu’on voit encore sur les quais.

La construction navale, au sens strict, c’est fabriquer des navires neufs : coque, structure, mise à l’eau. La réparation navale, elle, entretient et remet en état des bateaux déjà en service, souvent dans des bassins spécialisés. Enfin, la plaisance et le nautisme concernent les petits bateaux de loisir, l’entretien et l’hivernage. Bordeaux a connu les trois, mais pas au même moment ni à la même échelle.

Retenir cette distinction évite un contresens fréquent : la ville a bel et bien construit de grands navires pendant deux siècles, mais cette activité-là s’est arrêtée. Ce qui subsiste relève surtout de la réparation et du loisir.

Fabriquer

Construction

Bâtir des navires neufs, de la coque à la mise à l’eau. C’est l’activité qui a fait la réputation de Bordeaux, et celle qui a disparu en 1985.

Entretenir

Réparation

Remettre en état des bateaux déjà en service, dans des bassins dédiés. Plus discrète que la construction, mais toujours présente sur les quais.

Naviguer

Plaisance

L’univers des bateaux de loisir, de l’entretien à l’hivernage. C’est aujourd’hui la part la plus visible du rapport de Bordeaux au fleuve.

Un port façonné par la Garonne et le négoce maritime

Bordeaux doit tout à son fleuve. La Garonne y est large, profonde et soumise à la marée : les navires pouvaient remonter jusqu’en pleine ville et accoster le long des quais. Cette situation, à mi-chemin entre l’océan et l’intérieur des terres, a fait de Bordeaux un grand port de commerce dès le XVIIIe siècle.

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Qui dit port de commerce dit besoin de bateaux. Le négoce maritime bordelais, très actif à cette époque, a nourri une demande constante de navires, et donc des chantiers pour les construire et les réparer. Entre 1763 et 1779, plusieurs centaines de navires sortent des chantiers bordelais, et la ville compte alors une trentaine de maîtres constructeurs. La construction navale n’était pas une activité annexe : c’était un métier structurant, lié à la vie économique de la cité.

Ce lien entre le fleuve, le commerce et les chantiers explique pourquoi l’activité s’est concentrée le long de la Garonne, en particulier sur la rive gauche, au nord de la ville.

Les chantiers navals de Bacalan et de la Gironde

Le quartier de Bacalan est le vrai centre historique de la construction navale bordelaise. Des chantiers s’y installent dès le XVIIIe siècle et l’activité s’y développe fortement au XIXe, quand la construction en fer puis en acier prend le relais du bois.

Plusieurs entreprises ont marqué cette période. Le chantier Chaigneau et Bichon s’installe dans les années 1830. En 1882 naît la Société des Chantiers et Ateliers de la Gironde, soutenue par un grand groupe industriel de l’époque ; les rives de la Garonne sont alors décrites comme l’un des plus grands arsenaux privés de France. À Bacalan, l’entreprise Dyle et Bacalan illustre elle aussi cette montée en puissance industrielle.

Au XIXe siècle, la construction navale se place au premier rang des industries locales pour les capitaux engagés, le nombre d’ouvriers et la valeur produite. Dans les années 1930, les chantiers bordelais sortent encore des bâtiments variés, du pétrolier aux navires militaires légers. Puis vient le déclin. Comme ailleurs en Europe, la concurrence internationale et la crise de la construction navale finissent par avoir raison des chantiers : l’activité cesse en 1985. C’est une date-repère utile : au-delà, Bordeaux ne construit plus de grands navires.

PériodeCe qui se passe
XVIIIe siècleBordeaux, grand port de commerce ; des centaines de navires construits, une trentaine de maîtres constructeurs.
Années 1830Le chantier Chaigneau et Bichon s’installe à Bacalan.
1882Naissance des Chantiers et Ateliers de la Gironde ; la Garonne, « plus grand arsenal privé » de France.
Années 1930Les chantiers produisent encore pétrolier et navires militaires légers.
1985Fin de l’activité des chantiers navals bordelais.

La base sous-marine, un chapitre à part

La base sous-marine de Bordeaux fausse souvent la lecture, parce qu’elle a l’allure d’un site de construction. Il faut le dire clairement : ce n’était pas un chantier pour fabriquer des sous-marins, mais un abri fortifié pour les protéger.

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Son histoire est liée à la Seconde Guerre mondiale. Dès 1940, une base sous-marine est établie dans le port par les forces italiennes, sous le nom de code Betasom. Le nom mêle « beta » pour Bordeaux et « som » pour sommergibili, sous-marins en italien. À partir de septembre 1941, un énorme bunker de béton est construit dans le secteur des bassins à flot, à Bacalan. Les travaux s’achèvent en 1943. L’ouvrage, massif, mesure plus de 240 mètres de long : sa fonction était de mettre les sous-marins à l’abri des bombardements, pas de les assembler.

À ne pas confondre

La base sous-marine n’a jamais été un chantier de construction. C’était un bunker de protection. La confondre avec un lieu de fabrication de sous-marins est l’erreur la plus courante sur le sujet.

Après la guerre, le site reste longtemps fermé et muré pour des raisons de sécurité. Il appartient aujourd’hui à la ville, qui l’a reconverti en lieu culturel. On y trouve notamment un espace d’art numérique immersif installé dans les anciennes alvéoles. La base est ainsi passée d’un usage militaire à un usage culturel, sans jamais avoir été un chantier de construction civile.

Ce qu’il reste de l’activité navale aujourd’hui

La fin des grands chantiers ne signifie pas la fin de tout rapport à la mer. L’activité s’est déplacée et réduite, mais elle existe encore.

La réparation navale demeure la part la plus technique de cet héritage. Bordeaux dispose de bassins et d’installations qui permettent d’entretenir et de remettre en état des bateaux, une activité plus discrète que la construction mais bien réelle. À côté, la plaisance et le nautisme ont pris de l’ampleur, portés par la redécouverte du fleuve et par l’aménagement des berges.

Le secteur des Bassins à flot, longtemps industriel, en est l’exemple le plus parlant de transformation. Il a été profondément réaménagé : logements, commerces, activités liées à l’eau et à la plaisance cohabitent désormais là où travaillaient les ouvriers des chantiers. Pour le visiteur, c’est un point de repère concret : ce quartier raconte à lui seul le passage d’une ville qui construisait des navires à une ville qui vit avec son fleuve autrement.

Où découvrir ce patrimoine maritime

Pour qui veut voir de ses yeux ce passé naval, quelques points de repère suffisent, tous regroupés au nord de Bordeaux, autour de Bacalan et des bassins à flot.

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La base sous-marine est le site le plus spectaculaire et le plus facile à visiter, avec sa programmation culturelle installée sous le béton. Le quartier des Bassins à flot, juste autour, permet de comprendre l’échelle de l’ancienne zone portuaire et industrielle. En longeant la Garonne vers le nord depuis le centre, on suit le fil de cette histoire : les quais réaménagés, les anciens emplacements de chantiers, les darses et les formes qui servaient à mettre les navires à l’eau ou à les réparer.

Un conseil simple pour organiser la découverte : partir de la base sous-marine, puis rayonner à pied dans le quartier plutôt que de chercher un « musée » unique. Le patrimoine naval bordelais se lit surtout dans le paysage urbain, pas derrière une seule porte.

Bordeaux a-t-elle vraiment construit des navires ?

Oui, et pendant longtemps. Du XVIIIe siècle jusqu’en 1985, des chantiers bordelais, surtout installés à Bacalan, ont construit de nombreux navires, du bois au fer puis à l’acier. Au XIXe siècle, la construction navale était même l’une des premières industries de la ville.

La base sous-marine servait-elle à construire des sous-marins ?

Non. La base sous-marine de Bordeaux, construite pendant la Seconde Guerre mondiale, était un abri fortifié destiné à protéger les sous-marins des bombardements. Ce n’était pas un chantier de construction. Elle est aujourd’hui reconvertie en lieu culturel.

Y a-t-il encore une activité navale à Bordeaux aujourd’hui ?

La construction de grands navires a disparu, mais il reste une activité de réparation navale et un secteur nautique et de plaisance actif, notamment autour des bassins à flot réaménagés.

Où voir les traces des chantiers navals à Bordeaux ?

Le mieux est de se rendre dans le quartier de Bacalan, au nord de la ville. La base sous-marine, les Bassins à flot et les quais de la Garonne alentour permettent de lire ce passé industriel et maritime directement dans le paysage.

Pourquoi les chantiers navals de Bordeaux ont-ils fermé ?

Comme ailleurs en Europe, la construction navale bordelaise a souffert de la concurrence internationale et d’une crise durable du secteur. Après un long déclin, l’activité des chantiers a cessé en 1985.

De ses chantiers disparus à ses quais réinventés, Bordeaux se raconte encore par sa relation au fleuve : il suffit de marcher le long de la Garonne pour la lire.