La construction du tunnel sous la Manche
Six ans de chantier, onze tunneliers et deux équipes creusant l’une vers l’autre sous la mer.
Le tunnel sous la Manche a été creusé entre 1988 et 1994 pour relier la France à l’Angleterre par le rail, sur une cinquantaine de kilomètres dont près de trente-huit sous la mer. Onze tunneliers ont progressé depuis les deux rives à la fois, à travers une couche de craie bleue, jusqu’à se rejoindre sous la Manche fin 1990.
- Durée : environ six ans de creusement, de 1988 à l’ouverture en 1994.
- Technique : onze tunneliers suivant une couche de craie bleue, tendre et imperméable.
- Structure : trois tunnels parallèles, deux ferroviaires et un tunnel de service.
- Jonction : les équipes française et britannique se rejoignent sous la mer dès fin 1990.
Le tunnel sous la Manche, un chantier hors norme
Le tunnel sous la Manche relie la France à l’Angleterre en passant sous la mer, entre Coquelles, près de Calais, et Folkestone, dans le Kent. Selon les données publiées sur l’ouvrage, il s’étend sur une cinquantaine de kilomètres, dont près de trente-huit sous le fond marin, et détient encore le record de la plus longue portion sous-marine jamais creusée pour un tunnel.
Il ne s’agit pas d’une route, contrairement à une idée répandue. C’est une liaison ferroviaire : les trains y circulent, et les voitures ou les camions traversent chargés sur des navettes. Cette précision compte, car elle a orienté toute la conception du chantier.
Le creusement s’est étalé de 1988 à 1994. Derrière ces six années se cache l’un des projets d’ingénierie les plus complexes du XXe siècle, mené des deux côtés de la Manche en même temps, sous plusieurs dizaines de mètres d’eau et de roche — jusqu’à environ soixante-quinze mètres sous le fond marin par endroits.
Un rêve d’ingénieurs vieux de près de deux siècles
L’idée n’a rien de récent. Dès 1802, l’ingénieur français Albert Mathieu propose à Napoléon un passage sous la Manche, éclairé à la lampe à huile et ventilé par des cheminées émergeant de la mer. Le projet reste sur le papier, mais il pose une intuition qui traversera tout le siècle.
Au cours du XIXe siècle, plusieurs tentatives voient le jour. Dans les années 1880, des galeries d’essai sont même creusées depuis la côte anglaise. Elles s’arrêtent net : Londres craint qu’un tunnel n’offre une voie d’invasion. La peur militaire, plus que la technique, enterre le projet pour un siècle. Il faudra attendre le traité de Cantorbéry, signé en 1986 entre Paris et Londres, pour que le chantier redevienne possible.
Creuser sous la mer
le chantier de 1988 à 1994
Le creusement commence en 1988. Le principe est simple à énoncer, redoutable à réaliser : creuser depuis les deux rives à la fois et se rejoindre au milieu, sous la mer, avec une précision de quelques centimètres.
Les tunneliers, des usines souterraines
Le travail repose sur les tunneliers, ces machines géantes qu’on appelle aussi TBM, pour tunnel boring machines. Un tunnelier n’est pas une simple foreuse : c’est une usine mobile de plusieurs centaines de mètres de long. À l’avant, une roue de coupe garnie de molettes attaque la roche. Derrière, la machine évacue les déblais, pose les anneaux de béton qui forment la paroi et avance mètre après mètre. D’après les chiffres du chantier, onze tunneliers ont été mobilisés au total, certains attaquant vers la mer, d’autres vers la terre, guidés au laser jour et nuit.
La craie bleue, une chance géologique
Le chantier doit beaucoup à la géologie. Sous la Manche court une couche de craie bleue, une roche tendre, imperméable et régulière, appelée craie glauconieuse. Elle se creuse relativement bien et laisse peu passer l’eau, ce qui limite le risque d’inondation des galeries. Les ingénieurs ont suivi cette couche comme un fil conducteur, surtout du côté anglais où elle est particulièrement favorable. Sans elle, le chantier aurait été bien plus périlleux.
| Date | Étape du projet |
|---|---|
| 1802 | Premier projet connu, proposé par l’ingénieur Albert Mathieu |
| 1986 | Traité de Cantorbéry : lancement officiel du chantier |
| 1988 | Début du creusement des deux côtés de la Manche |
| 1er décembre 1990 | Jonction des équipes sous la mer (tunnel de service) |
| 6 mai 1994 | Inauguration officielle de l’ouvrage |
La jonction sous la Manche
Le moment le plus spectaculaire survient fin 1990. Le 1er décembre, sous plusieurs dizaines de mètres d’eau, les équipes française et britannique qui creusaient le tunnel de service se rejoignent. Après des mois de progression en aveugle, les deux galeries se rencontrent avec un décalage de quelques centimètres seulement — une prouesse de guidage.
La scène a fait le tour du monde : deux ouvriers, l’un français, l’autre anglais, se serrent la main à travers l’ouverture. Pour la première fois depuis la fin de la dernière glaciation, la France et la Grande-Bretagne se retrouvent reliées par la terre ferme.
Pourquoi trois tunnels et non un seul
On parle du tunnel sous la Manche au singulier, mais l’ouvrage en compte trois, creusés en parallèle. Deux accueillent les trains, un dans chaque sens ; entre eux court un troisième tunnel, plus étroit, dédié au service. Des galeries transversales relient régulièrement ce tunnel central aux deux tubes ferroviaires — environ tous les trois cent soixante-quinze mètres — de sorte qu’on puisse toujours rejoindre un espace sûr.
Ferroviaire, sens France-Angleterre
Un des deux tubes principaux, réservé à la circulation des trains dans un sens.
Ferroviaire, sens Angleterre-France
Le second tube ferroviaire, qui assure la circulation dans l’autre sens.
Tunnel de service central
Plus étroit, dédié à la maintenance, à la ventilation et à l’évacuation de secours.
Un défi humain et financier
Derrière la performance technique, il y a des milliers de personnes. Au plus fort du chantier, plus de dix mille ouvriers travaillaient de part et d’autre de la Manche, dans le bruit, la poussière et l’humidité. Selon les bilans publiés, une dizaine d’entre eux ont perdu la vie durant les travaux, rappel brutal de la dureté du creusement.
Le volet financier a lui aussi marqué les esprits. Le coût final a largement dépassé les prévisions initiales, au point de quasiment doubler, ce qui a pesé longtemps sur l’équilibre économique de l’ouvrage. Les retards se sont accumulés et l’exploitation a mis des années à trouver son rythme. L’inauguration a lieu le 6 mai 1994, en présence de la reine Élisabeth II et du président François Mitterrand ; depuis, le tunnel fonctionne sans interruption majeure.
En combien de temps le tunnel sous la Manche a-t-il été construit ?
Le creusement s’est étalé sur environ six ans, de 1988 à l’ouverture en 1994. La jonction des deux équipes sous la mer a eu lieu dès fin 1990 pour le tunnel de service.
Comment a-t-on creusé sous la mer ?
Grâce à onze tunneliers, des machines géantes qui attaquent la roche à l’avant et posent les parois en béton derrière. Ils ont suivi une couche de craie bleue, tendre et imperméable, en creusant depuis les deux rives à la fois.
Combien de tunnels compte l’ouvrage ?
Trois, creusés en parallèle : deux tunnels ferroviaires, un pour chaque sens, et un tunnel de service central dédié à la maintenance, à la ventilation et à l’évacuation de secours.
Quand le tunnel sous la Manche a-t-il ouvert ?
Il a été inauguré le 6 mai 1994, en présence de la reine Élisabeth II et du président François Mitterrand.
Le plus difficile n’était pas d’imaginer ce passage : c’était de le creuser des deux côtés à la fois et de se rejoindre à quelques centimètres près, sous la mer.